Mais la Selecao de Pelé n’est plus et son football fantasque n’est plus qu’un paradis perdu.
Bem vinda, bem vindo. Demain, c’est Coupe du monde de football, 20e du nom de Jules Rimet, ce Français visionnaire, eh oui il en existe, qui avait déjà anticipé la mondialisation en inventant cette compétition planétaire, et le grand business-barnum qu’allait devenir ce sport. Sauf que là, le ballon rond s’invite au pays où l’on s’interroge toujours pour savoir si c’est le Brésil qui a inventé le football ou si c’est le football qui a créé le Brésil. Dans cette contrée bigarrée où les Anglais, pères fondateurs de ce sport de manchots, l’ont amené à la fin du XIXe siècle, pour le réserver à la caste blanche et riche, transformant depuis une discipline britannique appolinienne en une danse carioca dyonisiaque. Où l’histoire témoigne que de Rio à Recife, les attaquants noirs ont inventé le dribble et l’art de l’esquive pour éviter tout contact et affrontement avec les défenseurs blancs, se voyaient obligés de chalouper et d’onduler pour ne pas être frappés sur le terrain, ou par des spectateurs dignes des arènes romaines. Dans les années 20, Arthur Frienderich, le premier grand golédaor, alias Le Tigre, fils d’un commerçant allemant et d’une lavandière noire, se passait de la poudre de riz sur le visage pour blanchir sa peau et appliquait de la graisse sur ses cheveux crépus pour mieux se jouer des arrières adverses à la peau blanche. Un football une fois mixte racialement qui deviendra l’apanage du prolétariat, comme la capoeira, avec la libération des esclaves noirs. Un football liberté et libéré qui crééait des formes impropables déjouant toutes les règles de ce qui deviendra un art avec Garincha, l’ange aux jambes tordues, et Pelé, et son jeu à la folie. Alors que faut-il attendre de cette 21e édition ou espérer?
SURTOUT PAS REVIVRE L’APOCALYPSE DE 1950
Que le Brésil renaisse de ses cendres de flamboyance? On peut honnêtement en douter, car depuis la fin des derniers mages magiciens, Socrates et Zico, en 1986, la Selecao n’est plus lumière. Certes, elle a gagné le Mondial et 1994 et 2002 avec un Ronaldo ressucitant l’art carioca, mais son football n’est plus que l’ombre de lui-même où la défense cadenas a pris le pouvoir sur le délire offensif. Alors, on nous dira qu’il y a bien Neymar, pour rerentrer au musée, mais il est un peu seul pour ouvrir la porte…qu’elle devrait franchir toutefois le 13 juillet dans la nuit folle de Rio.
ET SI LE DIAMANT POGBA ECLATAIT DE MILLE CARATS…
Que le Brésil revive l’apocalypse de 1950 quand la Céleste Uruguay est venue à Maracana plonger tout un pays en deuil rendant les joueurs noirs responsables de cette tragédie? Personne ne le souhaite, surtout pas les politiques, car alors la colère des travailleurs brésiliens, un temps en bémol lors de ce Mondial, viendrait envahir les rues pour draîner une nouvelle mort du peuple. Le pire pour le supporter brésilien, c’est que l’Uruguay du tandem de feu Suarez-Cavani se présente comme le premier outsider au titre.
Que le diamant pur Paul Pogba éclate de mille carats à la face du monde, et que la France, rééduquée par l’instituteur Deschamps, bouscule tous les devoirs des bookmakers qui n’auraient pas parié un peso sur cette classe trop longtemps classée malpolie. On l’espère même si Deschamps s’est osé à une petite dérive suprenante: « C’est quoi une belle image? Il faut des résultats ». Pourvu que l’on ne déchante pas, car le ballon de l’éducation et du respect semble avoir pris la bonne direction.
Que l’Allemagne, « c’est toujours l’Allemagne qui gagne », répète enfin cette maxime? Mais pas avec un football de bûcherons, remember Séville 1982 et l’abominable Schumacher descendant en règle sans les règles Battiston. Avec ce jeu lêché et direct orchestré par des pépites nommées Gootze, Muller, Ozil, Kroos, mais sans Reus, dommage pour le german flair. On peut en douter.
Que l’Italie, faible et mal en point actuellement, joue encore les malades imaginaires pour au final s’inviter au banquet après avoir empoisonné quelques flèches offensives adverses. Que l’Argentine du roi Messi n’attende plus cette fois pour monter sur le trône? Que l’Uruguay, (NDLR: voir plus haut) réécrive la tragédie de 1950 dans un Maracana médusé? Que l’Espagne, la reine sortante, se prenne les pieds sur l’échiquier en ne comptant plus sur le talent des ses fous madrilènes et barcelonais, mais en reposant sur ses nouvelles tours de l’Athletico Madrid?
Les paris sont ouverts, sans trucage, tous le souhaitent, et sans casse, car le peuple brésilien, désespéré par la crise sociale et économique ne pardonnerait pas le coût monumental de l’organisation, s’il ne récolte pas la plus rutillante des breloques.
LES COTES DE LA REDACTION
Brésil: 25%
Uruguay: 20%
Allemagne: 18%
Espagne: 15%
Argentine: 15%
France: 12%
Pays-Bas: 8%
Italie: 8%
Belgique: 5%
Portugal: 5%
Chili: 3%
Angleterre: 2%
Suisse: 2%
Laurent Conreur
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