Sports & Loisirs

Ugo Mola: « Nyanga, l’énigme la plus intrigante du rugby français »

« Yannick Nyanga, remplaçant ou en tribunes au Stade Toulousain et en équipe de France me laisse très circonspect. »

Ugo Mola dorénavant manager d'Albi considérerait comme une contre-performance aucun succès en Australie.

Ugo Mola dorénavant manager d’Albi considérerait comme une contre-performance aucun succès en Australie.

Passées au tamis du manichéisme et du pragmatisme, les réflexions d’Ugo Mola sur le rugby ont toute la chair du labeur continué. Ugo Mola, joueur le plus titré de l’histoire de France ovale sur le banc des remplaçants, qui a fait son éducation de joueur au Stade Toulousain puis à Castres, a, de ce fait ou de cette intercalation originale, tout ce recul nourri de sagesse et de raison pour apporter ce petit plus de perspicacité dans l’analyse. A J-1 du premier test du XV de France en Australie (NDLR: En direct sur Sport + demain à 12 heures), le manager nouvellement élu d’Albi en Pro D2, après ses passages au volant de pilote-coach à Castres et à Brive, sort d’entrée de la mêlée des controverses d’actualité très souvent priorisées. Tchic-tchac: « Pour moi, l’énigme la plus intrigante du rugby français, celle qui me laisse le plus circonspect, demeure le cas Yannick Nyanga. Je ne comprends toujours pas pourquoi, que ce soit au Stade Toulousain ou en équipe de France, ce joueur au talent indéniable capable de dynamiser toutes les défenses a un statut de remplaçant ou reste en tribunes. Là, j’avoue que cela me laisse pantois. Regardez, le match de barrage du Stade contre le Racing, dès que Nyanga rentre, le scénario du match change tant il apporte en conquête, dans l’appétit offensif et dans le quadrillage du terrain. » Avec Ugo Mola, preuve est encore faite que son discours profus mais jamais foutraque n’excède jamais les limites du message qu’il veut faire passer.

 

« IL N’Y A PAS DE N°1 EN 10″
Alors, on l’écoute continuer de donner de l’épaule dans l’armoire des critiques. Sur le cas Frédéric Michalak et l’épineux poste-stratège d’ouvreur, il apporte encore clarté dans cette zone d’ombre: « Fred à l’ouverture du XV de France, c’est toujours délicat, surtout dans la situation actuelle. Côté envie et fraîcheur, avec son expérience et sa qualité, il sera compétitif pour le XV de France. Par contre, vu qu’il n’a pas eu de temps de jeu notable dernièrement avec Toulon, la gestion du rythme international sera plus compliquée pour lui. Mais je crois capable Michalak de rebondir avec son potentiel atypique. Ensuite, il y a Rémi Talès. Il a été bon en barrages et en demi-finale, en finale, il s’est raté. Et puis, il y a le cas Trinh-Duc. N’en faisons pas une victime. Trinh-Duc s’est un peu sabordé tout seul avec sa gestion du jeu au pied. Trinh-Duc, c’est un talent, c’est évident. Mais si l’on compare à des 10 comme Penaud ou Deylaud, je dis non. Eux étaient des N°1 en 10. Aujourd’hui nous n’en avons pas. On a de très bons joueurs, les Lopez, Bernard, Plisson. Pour moi, la première question à poser est: quel jeu veut l’équipe de France aujourd’hui? Si on veut gérer, il faut Talès en 10, si on veut axer sur l’offensive, il faut Michalak ou Trinh-Duc. »

« AUCUNE VICTOIRE EN AUSTRALIE SERAIT UNE CONTRE-PERFORMANCE »
Dans le pack des interrogations et des constats pochettes drôle de surprise, Ugo Mola extrait l’ogive Thierry Dusautoir. Demain, le capitaine des bleus restera à quai pour le premier test, et regardera des tribunes voguer le navire sans espérer un Titanic. « Thierry a rejoué avec le Stade depuis début mai après sa rupture du tendon du biceps gauche. Et là, on ne le retrouve même pas sur le banc. Que faut-il penser? Que le staff médical a des paramètres que l’on n’a pas. Ensuite, si l’on y regarde de plus près, on se rend compte que tant la France que l’Australie présentent des équipes assez expérimentales. Il y a deux autres tests à gagner. On peut donc aussi voir dans la non-titularisation de Dusautoir, comme celle de Picamoles ou de Médard, une montée en puissance pour présenter lors des deux prochains matches le meilleur XV tricolore possible. »
En évoquant les deux prochains tests après celui de demain midi, Ugo Mola étire le panorama en se refusant déjà d’imaginer une topographie de regrets. Avec rigueur, il met le quinze de France devant ses obligations. « Ce premier test demain sera un round d’observations dont la France ne pourra que bénéficier. Selon moi, si le XV de France ne rentre pas d’Australie avec au moins un succès, ce sera une contre-performance. Surtout que l’Australie est la plus faible équipe de l’hémisphère sud. Pour nous, il est vraiment temps de gagner. Ce serait inquiétant après trois ans de mise à disposition des internationaux, après trois mauvais Tournoi des VI Nations et des tournées en demi-teinte. »
On vous l’avait sermonné, en observateur des moeurs ovales, Ugo Mola n’est ni aveugle, ni surexposé. Juste juste, honnête et réaliste.

* Ugo Mola, chroniqueur rugby sur Canal +, est aussi observateur de Toulouse Post.

Propos recueillis par Laurent Conreur


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