La France aux 14 régions selon François Holande.
Martin Malvy: « Le débat doit être abordé sans passion. »
Douce France, cher pays de mon enfance…Tu ne seras plus comme avant. Ainsi en a décidé François Hollande, partisan d’une rédécoupage réduction de 22 à 14 régions, avec seulement trois régions qui ne varieront pas d’un iota; Ile-de-France, Nord-Pas-de-Calais et la Corse. Cette fusion pourrait donner une nouvelle vision du territoire d’ici le 17 janvier 2017, après des élections régionales reportées de mars à l’automne 2015. Une récomposition des régions qui devrait s’accompagner de la disparition des départements d’ici 2020. Cette réforme territoriale devrait, selon le Président de la République, garantir de 12 à 25 milliards d’euros d’économies dans le fonctionnement des collectivités. Un chiffre que n’assure pas certains socialistes, comme le président PS de la région Aquitaine, Alain Rousset: « Nous ne ferons pas d’économie sur les régions. Au contraire, il faudra égaliser vers le haut les salaires des fonctionnaires territoriaux et cela entraînera un coût supplémentaire en fonctionnement. C’est sur le couple commune et intercommunalité qu’il existe des marges. »
Le crédo et la volonté de François Hollande ne s’affaiblissent pas pour autant: « Il faut aller vite car il ne nous est pas permis de tergiverser sur un sujet aussi important pour l’avenir du pays. Demain, ces grandes régions auront davantage de responsabilités. Elles seront la seule collectivité compétente pour soutenir les entreprises et porter les politiques de formation et d’emploi, pour intervenir en matière de transports, des trains régionaux aux bus en passant par les routes, les aéroports et les ports. Elles géreront les lycées et les collèges. Elles auront en charge l’aménagement et les grandes infrastructures. Pour remplir leur rôle, elles disposeront de moyens financiers propres et dynamiques. Et elles seront gérées par des assemblées de taille raisonnable. Ce qui veut dire moins d’élus. »
Martin Malvy, président de Midi-Pyrénées, tout d’abord favorable à une fusion avec Aquitaine, valide ce rédécoupage et son mariage avec Languedoc-Roussilon, sans sombrer dans l’euphorie: » Moyens et responsabilités doivent être au cœur de cette réforme dont le volet territorial n’a de sens qu’en réponse à cette ambition légitime d’un renforcement du pouvoir régional. Le débat est à aborder dans cette optique, sans passion. Le rapprochement avec l’Aquitaine, beaucoup y avait pensé, moi le premier. Mais le Languedoc-Roussillon aurait été coincé entre Provence-Alpes-Côte D’Azur d’un côté et une nouvell région Aquitaine-Midi-Pyrénées de l’autre. On a toujours dit que le Grand Sud était loin et faible par rapport à l’Ile-de-France et Rhône-Alpes. Avec la fusion Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon ça rééquilibre par rapport aux autres grosses régions françaises et par rapport à la Catalogne, dans une perspective à 30 ans. » Certes, mais qui sera capitale de cette future troisième région de France? Martin Malvy répond sans sourciller: « Personne ne contestera que ce soit Toulouse, 4e ville de France. Mais ça ne veut pas dire que Montpellier, ville dynamique, ne puisse pas avoir des missions qui puissent être partagées mais c’est secondaire. On n’est pas dans une démarche de pouvoir mais de construction de territoires. »
« RALLUMER UNE GUERRE AVEC TOULOUSE ETEINTE DEPUIS PLUS D’UN SIECLE »
Tout un flot de propos que Christian Bourquin, président de Languedoc-Roussillon, renvoie à la mer dans une vague de contestations: « Je suis opposé à ce projet de fusion. » Un farouche rejet qu’il appuie par: « Montpellier, en concurrence avec d’autres villes, a gagné dans la conquête du siège du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale, car nous avons mis les moyens. Quand on obtient un pôle d’excellence mondiale, tout cela ne peut pas être balayé par des visions d’obscurs cartographes. Ne pas prendre en considération cette force, ce serait rallumer une guerre avec Toulouse éteinte depuis plus d’un siècle ! » La hache est déterrée, et pire même le Conseil régional Languedoc-Roussillon vient de lancer une pétition « Languedoc-Roussillon, notre avenir commun », invitant les habitants à manifester leur volonté de garder la région dans son périmètre actuel. .
L’IMPACT DE CE DECOUPAGE SUR CINQ SECTEURS
Chômage
Ce nouveau panorama régional n’influera que très peu les variantes régionales du chômage. Il y aura toujours plus de recherches d’emplois au nord qu’au sud. Par contre, cette nouvelle donne nuiera à Midi-Pyrénées (10%) si elle est reliée à Languedoc-Roussillon dotée du taux le plus élevé en France avec 13,9%.
Population
Rien ne changera pour Ile-de-France, 12 millions d’habitants, qui demeurera en tête, ni pour la Corse, la plus faible région avec 300 000 résidents. La nouvelle carte de France profiterait à Rhônes-Alpes et Auvergne qui se détachera du lot avec 7,7 millions, laissant les 11 autres nouvelles régions osciller entre 2,8 millions et 5,7 millions, et justement 5,7 millions pour Midi-Pyrénées-Languedoc qui deviendrait la troisième région de l’hexagone.
Superficie
Aucun équilibre ne sera rétabli avec ce nouveau puzzle. Ile-de-France, Corse et Nord-Pas-de-Calais, ne fusionnant avec personne, resteront les trois plus petites des 14 régions. Par contre, la méga-fusion Centre-Poitou-Charentes-Limousin, avec un pic à 82000 km2, et les mariages Rhône-Alpes-Auvergne et Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, 72700 km2, définiront les trois plus grandes régions couvrant 40% du territoire national.
PIB
Le canevas régional version Hollande ne modifiera pas les deux anomalies: l’Ile-de-France avec 612 milliards, presque 33% du PIB nationale, pointe et de loin au sommet de l’échiquier, et la Corse avec ses petits 8 milliards campera toujours au dernier rang. Par contre, Rhône-Alpes et Auvergne, avec le moteur lyonnais, prendra de la puissance avec 231 milliards. Tous les autres régions navigueront dans une fourchette allant de 71 à 144 milliards, ce chiffre hérité par Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon en fera la troisième région de France en richesses.
Croissance
Si l’on prend en considération le dernier bilan publié par l’Insee, les nouvelles unions n’inverseront pas les tendances. Les déficitaires en termes de dynamisme économique s’associent en règle générale. Sauf pour Poitou-Charentes, avec +0,6%, qui tombe à 0 à cause de son association avec Centre et Limousin. Midi-Pyrénées ne gagnera rien au change avec +0,1% en s’alliant avec Languedoc-Roussillon. En restant seul, l’Aquitaine avec +0,9% conserve son aura. Comme quoi, ne valait-il pas mieux pour la croissance que Midi-Pyrénées s’associe avec l’Aquitaine?
Dossier réalisé par Laurent Conreur
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