Serge Simon, l’ancien pilier de la tortue béglaise, a un regard intelligent sur le différentiel entre Toulon et Castres.
Bling-bling contre paysan. Rugby des villes contre rugby des champs. L’ogre contre le petit poucet. Des clichés, que des clichés faciles et raccourcis. Serge Simon, l’ancien frère rappetou de la tortue béglaise championne de France, résume bien mieux l’opposition tranchée entre Toulon et Castres, les deux finalistes du Brennus ce soir: « Toulon, c’est le bel extraverti, l’extravagance, le Méditerranéen qui veut montrer. Castres, c’est l’introverti, le discret à l’image de celui qui a construit le club, les Labos pharmaceutiques Pierre Fabre. » Un rapport bien plus judicieux et bien moins approximatif et facile. Surtout si l’on s’aventure à comparer les budgets, et surtout quand on insiste un peu trop sur la constellation de stars qui sublime Toulon, le différentiel n’est pas aussi large que les cuisses de Bakkies Botha ou de Capo-Ortega, les deux golgoth en seconde ligne qui vont en découdre muscles saillants ce soir au Stade de France: le club du démonstratif Mourad Boudjellal pèse 24 millions d’euros, et le Castres du sage Pierre-Yves Revol aligne 17,5 millions d’euros.
THOMAS LOMBARD: « BOTHA, WILLIAMS, ROSSOUW, DU BLING-BLING, QUELLE INEPTIE! »
« Kockott, vous croyez que c’est un petit salaire. Et Sivivatui qui débarque à Castres l’an prochain, vous pensez que c’est un petit revenu. Que dirait-on si Toulon jouait sa finale contre Oyonnax avec ses 9 millions de budget? Castres rugby des champs, une belle ineptie. Il ne faut pas oublier que Castres a été un des premiers à faire venir des stars de l’hémisphère sud, Gary Whetton, Bunce, alors cracks des Blacks » surrenchérit Thomas Lombard, toujours aussi juste dans ses commentaires, et qui en remet une couche sur les a prioris: « Bling-bling, qu’est ce que cela veut dire? Vous pensez que Bakkies Botha, Ali Williams ou Rossouw, c’est du bling-bling. C’est débile, le bling-bling, c’est le footeux qui déboule en Lamborghini et qui se paye des Rolex à 50.000 euros. Avec Botha, Williams, Hayman ou Rossouw, on est bien loin de ce genre de personnage qui frime. »
Après cette photographie d’identité, qu’en sera-t-il sur le pré? En aura-t-on la photocopie, avec un Toulon hyper favori des spécialistes, mais peut-être pas du coeur, car bien souvent le ballon de l’amour retombe souvent dans le camp du dominé plutôt que dans celui du dominant. Encore une fois, le médecin Serge Simon livre un diagnostic pointu, avec deux posologies potentielles: « Pour moi Toulon a livré le plus beau match depuis des lustres contre les Saracens en finale de la Coupe d’Europe. Il y avait tout, des monstres qui ont croqué la mêlée adverse, et des stratèges qui ont su enfoncer le clou. La victoire de Toulon, ce soir, serait la victoire d’une fantastique mécanique, d’une machine à gagner superbement programmée. Alors, je dis Toulon certainement. Mais je dis aussi Castres probablement. Car Castres, c’est une équipe extraordinaire d’intelligence. Une formation qui sait faire déjouer son adversaire. Une équipe sait toujours ce qu’elle a à faire. »
Alors, qui parle de rugby des villes contre rugby des champs? Sachez d’abord cultiver dans votre jardin, comme le prônait Voltaire, avant de vous aventurer dans celui du voisin. Et surtout, apprenez d’abord à bien savoir ce que votre voisin cultive lui-même. Dans ce grand labour, il en est un qui sait: il est Tarnais et il entraîne Toulon…
Laurent Conreur
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