Sports & Loisirs

Mourad Boudjellal, l’autre Tarzan, roi de la jungle du rugby

Quand Mourad Boudjellal veut, il a. Et cela en agace certains.

Lui, c’est plutôt Bip Bip que tous les Vil Coyote ne peuvent pas capturer. Avec lui, ça cartoone et ça cartonne. Lui, le gars du « Petit Chicago », fondateur des éditions du Soleil à 29 ans, ayant fait fortune dans la BD en rééditant les classiques comme Mandrake le Magicien, Rahan, Tarzan ou Flash Gordon, devenu alors « L’Arabe en Ferrari » qui frime et qui claque, a ensuite dessiné son dessein au RC Toulon. 2006, « le chequos » et le club de la Rade en rade en Pro D2 devient sien. Il flaire déjà les coups pour lever de beaux lièvres, comme Tana Umaga, qui vont vite aller gambader au sein de l’élite. Toulon, à nouveau bastion du rugby, va vite aller narguer les meilleurs chiens de chasse du Top 14.

« IL AGACE BEAUCOUP DANS LES INSTANCES »
Ce que Mourad Boudjellal veut, il a: dès 2007, il fait son marché au CAC 40 de l’ovalie. George Gregan, le génie distributeur australien, Andrew Merthens, le métronome architecte black et Victor Matfield, la tour infernale des Boks, sont assignés à résidence toulonnaise. Dans le milieu, Boudjellal est hors cadre et déborde, argent banco sur le tapis et plaquages verbaux bombes sans retardement, « La Ligue est gérée par des apparatchiks, des théoriciens qui n’ont jamais été dans la pratique. Ils aimeraient que je rentre dans le rang mais je les emmerde ». Bing le bourre-pif! Le nouvel Attila est là, où il passe, l’herbe des autres ne poussera pas. Et il continue son business en enrôlant en 2009 une belle machine cassée que les meilleures clefs anglaises n’arrivent pas à réparer, un certain Jonny Wilkinson. On connaît la suite…Ils invitent ensuite au banquet en faisant chauffer sa carte bleue, les Carl Hayman, le joueur le plus bankable du monde, et autre George Smith, le déménageur australien. « Son attitude à se vouloir plus beau que les autres, et sa façon de parler et de se comporter agacent beaucoup dans les instances. Pas mal de gens veulent le voir perdre » avoue-t-on en haut lieu d’ovalie. Mais Boudjellal n’en a cure, et cure dans ce qui se fait de mieux au monde.
En 2011, il vend sa maison d’éditions pour acheter d’encore plus beaux meubles et armoires pour le château du RCT. Déboulent de nouveaux canons en pays varois, les Bakkies Botha, Matt Giteau, Chris Masoe, Les frères Armitage, Juan Smith, et Bryan Habana. Non pas pour certains des pseudo-retraités venus prendre le soleil de la Côte d’Azur dans une très belle basse-cour à bijoux, mais des guerriers qui vont au front à front garni d’intentions. Et Toulon gagne, et Boudjellal y gagne sans changer de tactique. Ni ses crochets, quitte à être suspendu par la Ligue 130 jours. En 2012, il envoie du fiel au feu après une défaite à Biarritz: « J’ai connu ma première sodomnie arbitrale en 2009 contre Clermont en demi-finale. J’ai connu ma deuxième ce soir et je n’aime pas ça. » Grande gueule de l’émission de RMC, Boudjellal l’ouvre à nouveau après les élections municipales. Sans peur, et peu importe les reproches. Il annule un match amical prévu entre sa formation et celle de Béziers, parce qu’il ne digère pas l’élection de Robert Ménard soutenu par le FN. « Le FN ne doit pas être banalisé. Voilà pourquoi je refuse de jouer à Béziers. » Et il emplâtre sec: « Ménard prend avec lui des gars du Bloc identitaire. A côté de ces types, Marine Le Pen, c’est Gandhi. » Du Boudjellal en VO.
Sur le terrain rugbystique, il ne déchausse pas ses crampons dévastateurs pour continuer de casser tous les codes et schémas. Pour la saison 2014-2015, il a fait à nouveau de rutillantes emplettes: les colosses Gerhard Vosloo et Mamuka Gorgodze, le talon bleu Guilhem Guirado, l’espoir géant Romain Toafifenuoa, le sublime éclair gallois Leigh Halfpenny et la star multiposte australienne James O’Connor. S’il a le doublé, Brennus-HCup, dans la poche de son éternel jean samedi soir après le rendez-vous contre Castres au Stade de France, il pourra déjà sans problème bisquer la concurrence et rire sans cape. Et il ne s’en privera pas.

IL VEUT LES QUATRE FANTASTIQUES EN 2015
Avec Boudjellal, quand il y en a beaucoup, il y en aura encore plus. Et déjà, il ouvre le magasin pour 2015. Et en tonton flingueur, il annonce déjà le casse du siècle. « Dans un an, j’essaierai de faire le plus gros truc que je n’ai jamais fait. J’ai dans la tête une idée de fou, je vais essayer de la réaliser. » Gargantua veut avaler les « Quatre fantastiques », réaliser le Grand Chelem des transferts, en séduisant les quatre meilleurs joueurs du monde, le carré d’as black, Daniel Carter, Richie McCaw, Ma’a Nonu et Sonny Bill Williams, déjà toulonnais de 2008 à 2010. Avec deux solutions de repli nec plus ultra, l’arrière machine avant toute des All Blacks Israel Dagg et l’Einstein ouvreur australien Quade Cooper. Et si c’était les six? Boudjellal est capable de toutes les audaces et de toutes les démesures. Dans la jungle du rugby, Tarzan Boudjellal est le roi, alors…

Laurent Conreur


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