Le plus terrible dans la vie est de subir sans pouvoir bouger le petit doigt. Surtout quand on est en pleine force du bel âge, que l’on a de la poigne dans un gant de fer. Cette paralysie morale, Frédéric Michalak la vit à l’insue de son plein gré dans les tribunes de Toulon. Même pas la moindre petite place sur le banc pour les deux demi-finales en Top 14 et en Coupe d’Europe. Et promis encore à la frustration pour les deux finales pour lesquelles les Varois vont tenter de jouer le coup du « Père Stade Toulousain cuvée 1996″. Xavier Garbajosa, son ami toulousain, partage et comprend cette peine que Fred Michalak dissimule avec grandeur et sans décadence. « J’ai beaucoup de tristesse pour lui, vraiment. Il est là dans les tribunes ou sur le bord du terrain en civil, il partage la victoire heureuse des siens mais au fond elle doit être douloureuse. On connaît Fred, c’est un bon gars, on a de la compassion pour lui. Je comprends et j’accepte sa frustration. On en a tous vécues. Mais celle-ci, elle est rude, car il est en forme. Il est revenu fort après un début de saison difficile. Je pensais qu’il y aurait plus de turn-over championnat-Coupe d’Europe avec Wilkinson. Mais reconnaissons aussi que Wilkinson est indiscutable sur les matches à ne pas perdre. Et que c’est la dernière année de l’Anglais. » Bernard Laporte met la clef dans le verrou pour expliquer cette porte fermée à Michalak: « Comme d’autres très bons joueurs du RCT non-retenus dans le groupe en demi-finales, Frédéric Michalak a compris qu’il était dans un grand club et donc soumis à rude concurrence. »
« CLASSENS ET FRED SUR LA BANC: IMPOSSIBLE STRATEGIQUEMENT »
Xavier Garbajosa reprend la balle des choix cérébraux made by Laporte au rebond: « Giteau peut jouer aussi en 10 si Wilkinson se blesse et il est alors logique de voir Mermoz sur le banc qui prendrait alors la place de Giteau au centre, car selon Bernard Laporte, le duo Bastareaud-Giteau est indétrônable au centre en titulaires. Mettre sur la banc Classens et Fred, et Mermoz en tribunes, est donc impossible. » Certes, mais dans les missions possibles, la solution Michalak-Mermoz remplaçants trouve toute sa cohérence, surtout avec la polyvalence 9 et 10 du premier nommé. « C’est vrai. Mais il faut aussi avouer que Classens a apporté lors de chacune de ses rentrées. Il est moins compact en 9 que Tillous-Bordes, mais il a progressé, il amène de la vitesse au jeu varois » poursuit Xavier Garbajosa très réfléchi. D’autant plus quand on évoque la possibilité de voir Fred Michalak rejoindre les Bleus pour le premier match de la tournée en Australie, car la France ne possèdera normalement aucun de ses 10 pour ce match, ni Talès retenu par Castres, ni Michalak normalement, à cause de la finale du Top 14 entre les deux clubs. Un billet pour Michalak que Xavier Garbajosa voit étrangement validé: « Bernard Laporte va le garder au chaud jusqu’au dernier moment. Si samedi lors de la finale européenne contre les Saracens, Wilkinson ou Giteau se blesse, je ne vois pas Laporte laisser partir Michalak en Australie. Il connaît aussi l’impact de Fred dans le groupe. Si après le face à face contre Saracens, il le laisse aller en Australie, c’est qu’il a ses solutions en tête. Si Fred ne va pas en Australie pour le premier test, Saint-André optera, je pense, pour une charnière Machenaud-Parra avec Parra en 10. »
Après s’être épanché sur Fred Michalak victime malgré lui, Xavier Garbajosa se penche sur la possibilité du double toulonnais qui créerait un véritable raz de marée festif sur la Rade: « Pour Toulon, le match le plus compliqué est celui de samedi contre les Saracens en finale de la Coupe d’Europe, je pense que s’ils passent cet écueil, et vu leur fraîcheur et leur banc, sans Michalak malheureusement, ils feront le doublé. Mais gare, les Saracens, c’est de la bombe, ça va très vite, ça alterne. Si Toulon perd, samedi prochain contre Castres, ce ne sera pas le même état d’esprit. » Et là, ce ne sera plus la seule frustration de Fred Michalak, mais celle de tout le peuple de Toulon…qui pleurera aussi peut-être le fait d’avoir cloué Michalak en tribunes.
Laurent Conreur
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