Jimmy Cadieu, le « jeune vieux » gladiateur du Stade Toulousain, aimait sortir le glaive dans l’arène pour que les Spartacus de l’attaque « rouge et noire » donnent toute la vitesse à leurs chars offensifs, afin que le peuple ait du jeu. Pour que ce peuple, son peuple, sorte du stade heureux, les mains rougies par les applaudissements, la « banane » au visage. Aujourd’hui, d’ailleurs, il grommèle et répète, quitte à se faire tirer les oreilles, « qu’il s’emmerde en allant à Ernest Wallon ». Hier soir, dans un match Stasi, police de la défense, entre un Toulon froid comme la lame du glaive de ce bon Jimmy et calculateur comme un instituteur prussien, et un Racing Métro herculéen à Toulouse vendredi dernier et petit soldat avec des armes de destruction peu massive, le seconde ligne poutre de cette si belle maison fleurie toulousaine des années 80-90 a dû sérieusement « se faire chier » en matant par la petite lorgnette cette première demi-finale laide. Car oui ce match fut au paroxysme de la purge, une nuit d’ennuis. Mathieu Bastareaud « Le déménageur breton » de Toulon, expulsé pour un plaquage musculeux mais juste sur Cronje, avouait d’ailleurs que « ce fut un match très joli à regarder mais on est en finale. On savait que le Racing est une grosse défense qui ne propose pas beaucoup de jeu. » Certes, certes. Seule compte la victoire, mais tout de même, pour en arriver à un tel tableau si noir, il fallait que les deux équipes noircissent vraiment les pages blanches de l’imagination. Bon, on se doutait bien que l’on n’assisterait pas à 80 minutes de vertige, de sensation, d’accéléré, mais de là à tomber des cimes du jeu dans l’abîme du pénible, il y a de la marge. Entre les deux huit les plus tankés du championnat, il était prédit un choc de carcasses. Même pas. Les deux formations ont déployé, durant la première mi-temps notamment, toute la batterie des en-avant, des enchaînements rouillés, des déplacements ratés pour essayer, essayer au moins de déplacer le jeu. Une catastrophe. Alors pour réchauffer un peu nos âmes perdues, les deux formations livrèrent quelques rounds frictions entre Sud-africains des deux camps. Pour faire genre.
A L’ETOUFFE ET ETOUFFANT
Alors que retenir de ce match à l’étouffé et étouffant, 16-6 pour les Varois? Que Toulon tentera la passe de deux, Brennus et Coupe d’Europe pour supplanter dans l’histoire mais sans H majuscule le Stade Toulousain de 1996. Que Toulon montera au Stade de France pour la troisième fois consécutive. Que Toulon aura marqué un essai malicieux par Giteau le roublard. Que Jonny Wilkinson reste Jonny be good au bon moment (NDLR: Il rata toutefois deux pénalités de plus de 50 mètres, comme quoi il n’a plus tout de même la puissance de ses belles années anglaises). Que Mourad Boudjelal et Jacky Lorenzetti, les deux présidents, après avoir joué à « Je t’aime moi non plus » toute la semaine, se sont retrouvés au final bonjour les copains avant de se dire salut. Voilà c’est tout, et ce n’est pas beaucoup. On en attend plus cet après-midi à 16h30 lors de la seconde demi-finale entre Montpellier gentleman cambrioleur et Castres perceur de coffre-fort pour qu’ouf, le butin de ces demi-finales ne soit pas si maigre, pingre même.
Laurent Conreur
META AREA /META AREA
