Dans les années 80-90, 12 rue des Petinents Gris à Toulouse, un certain Tin-Tin tenait salon pour vous encrer ses marques de fabrique. Mais pour un nombre très restreint prêt à offrir son corps à l’indélébile. A cette époque, le tatouage ne s’écrivait, pas comme aujourd’hui, avec le buvard de la démocratisation dans toutes les classes sociales. Dans ce temps-là, le tatoo était l’apanage des ex-taulards, des bikers sévèrement burnés ou des gars à la sexualité déviante genre NYC Gay Bar. A cette époque, la plus grande majorité des tatoueurs avaient le coup de crayon plus qu’incertain, comme était plus qu’incertain le choix du dessin par son futur locataire. Mais, cela, c’était avant. Avant, quand l’hygiène…, mieux vaut ne même plus en parler. Eh oui, tout ce dessin ne pouvait pas imaginer un tel dessein. Eh oui, aujourd’hui, Tin-Tin le Toulousain, c’est one the start in the world du tattoo. Rue de Douai dans le 9e à Paris, son cabinet de curiosités n’est plus une curiosité, mais le lieu primé par le Paris hype, et même la chambre secrète des divas du show-bizz. L’autodidacte, champion du monde de tango argentin, prof de plongée aux Caraïbes, a fait résonner aux oreilles de tant son ‘Dzzz, Dzzz », qu’il en est devenu une rock-star urbaine.
Hier, dissimulé sous les sapes, planqué pour ne pas nuire à sa réputation, le tatto est bien encré à la vue de tous, sur les bras, le cou, les mains, et pour certains sur le visage. Aux States, on estimait en 2013 33% de la population tatouée, dont une majorité de femmes. Les rappeuses et les hip-hopeuses, Rihanna et consoeurs, s’en font les porte-plumes. En France, en 2010, les tatoués représentaient 10% de la population, avec 30% de jeunes de moins de 25 ans. Pour preuve dans l’hexagone, on recense 2000 tatoueurs et les salons et autres conventions sont photocopies.
DES FASHIONISTAS ET DES TATOOISTAS
Aujourd’hui dans la même rangée de la bibliothèque que la BD, le tatouage a trouvé espace au musée. Et les tatoueurs revendiquent un label d’artiste, requête cohérente quand on sait que moult d’entre-eux ont fait les Beaux-Arts et autres écoles de dessins réputées. Mais comment ce travail longtemps qualifié de sulfureux, d’à bannir, entré en France par le biais des marins et des bagnards, a-t-il pu acquérir ses lettres de noblesse et sa reconnaissance démocratique? A l’origine, l’acte était brut, ne demandait pas à être beau, tel que le souligne l’art savant. A la fin du XIXe siècle, la dimension artistique était mise à la page. Certains affichaient alors le titre de Tatto Artists, repoussant tous les codes entre art populaire et art savant. Aujourd’hui dans notre monde culturel globalisée et numérique, où tout se copie ou se partage via réseaux, certains manifestent une volonté tatouée de marquer leur identité en se réappropriant leur corps.
MEME CATHERINE DENEUVE
Déjà dans les années 90, Jean-Paul Gaultier sortait la tatouage de la rue pour le gratifier sur les podiums de mode. Le monde du sport se l’appropriait pour cultiver le corps avec entre autres étandards, David Beckham. Et depuis, dans toutes les franges de la pop culture, le tatouage a jeté son encre. On a plus que les fashionistas, on a aussi les tatooistas. De Pharell Williams, à Lilly Wayne en passant par Lady Gaga ou notre Catherine Deneuve nationale, toute nouvelle écriture sur leur corps se vit comme un événement de société. Le tatouage s’est étendu sur d’autres peaux sociales, le corps devient pour les jeunes le seul lieu viable et serein d’expression, surtout quand ils ne s’imaginent qu’un avenir invivable et incertain.
Si la banalisation du tatouage ne se conteste plus, certains farouches s’inscrivent dans une radicale contre-culture en voulant insuffler le tatoo insolent et underground, sur le mode home-made ou do it yourself. Haro aux shops douillets et classieux, et vive la démarche sauvage lors de performance chez des potes. Le Syndicat national des artistes tatoueurs dénoncent d’ailleurs cette pratique du « tatouage en chambre » pour elle pratiquée en toute illégalité. La seule rature dans leur manifeste, c’est que des stars passées par les mains des maestros du tattoo se servent de ces cautions radicales. La preuve avec Rihanna, qui dans son clip « We found love » se fait tatouer les fesses dans une chambre.
Exposition « Tatoueurs, tatoués » jusqu’au 18 octobre 2015 au musée du Quai Branly, Paris VIIe.
Laurent Conreur
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