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Toulouse : les finances sont-elles dans le rouge ?

Sacha Briand, le nouvel adjoint aux finances, l’assure: « La situation financière de Toulouse est très dégradée ». Jean-Luc Moudenc, le maire, se fait plus virulent: « Elle est flinguée. »

« Très dégradé » : c’est ainsi que Sacha Briand, adjoint de Jean-Luc Moudenc, a qualifié l’état des finances de la ville de Toulouse lors du dernier conseil municipal. Selon l’élu, depuis que la nouvelle majorité a pris ses fonctions dans les couloirs du Capitole, celle-ci découvre « chaque jour de mauvaises surprises » d’ordre budgétaire. Le jugement est sans appel à l’égard de l’ancienne équipe municipale de Pierre Cohen : « Nous vous avions laissé une enveloppe confortable. Vous avez épuisé le fonds de roulement. Cette situation financière grave aurait pu nous conduire à augmenter les impôts mais nous tenons nos engagements. En revanche, le maintien de cette fiscalité exigera de réfléchir à la maitrise des dépenses et à la recherche d’économies. » Jean-Luc Moudenc enfonce le clou, en évoquant des finances locales littéralement « flinguées ».

FIN DE LA DETTE « ZERO »
En 2008, le maire sortant avait en effet quitté la mairie en laissant une épargne de près de 120 millions d’euros, sur un budget qui, bon an, mal an, s’établit autour des 700 millions. A son retour il y a un mois, l’épargne a non seulement disparu mais la ville a dû recourir à l’emprunt lors des deux derniers exercices, ce qui n’était plus arrivé depuis 1990, à hauteur de 35 millions. Sacha Briand avance également un autre chiffre, plus préoccupant, celui d’une dette qui s’élèverait 100 millions d’euros.
Que l’épargne de la ville ait été engloutie, ce n’est en réalité pas une surprise. Dans son Rapport sur la gestion de la commune rendu à l’automne 2012, la Chambre Régionale des Comptes de Midi-Pyrénées notait déjà « une forte diminution de la capacité d’autofinancement » entre 2006 et 1010, soit exactement à cheval sur les deux précédentes mandatures. Sur cette période, l’autofinancement brut recule de 53,4%. Dans une ville longtemps habituée au sacro-saint principe de la « dette zéro » quasiment élevé au rang de culte, ce genre de révélations fait grand bruit.

DES ECONOMIES A PREVOIR
Joël Carreiras, qui fut l’adjoint aux finances de Pierre Cohen, n’a jamais nié la baisse de l’autofinancement. Au contraire. Il s’en « félicite » même, car « c’était de l’argent qui dormait » comme il l’a déclaré lors du conseil municipal. Pour expliquer l’évaporation du « bas de laine », Joël Carreiras rapporte ce que la Chambre Régionale des Comptes avait notamment pointé, en l’occurrence « un changement du périmètre de gestion avec la création de la Communauté Urbaine en 2008 et les transferts de compétences qui y correspondent », ainsi que « la participation de la commune au financement du SMTC (les transports) ». Chaque année depuis 2008, Toulouse verse en effet au pot une somme de 15 millions d’euros pour tenter d’apurer la dette des transports qui s’élève aux alentours de 1,5 milliards. Au cours de sa campagne électorale, Jean-Luc Moudenc avait affirmé qu’un audit sur les finances de la ville, réalisé par des cabinets d’expertise-comptable, serait lancé. La promesse a été mise à exécution. Les conclusions de l’audit devraient être rendues publiques avant le prochain conseil municipal qui se tiendra au mois de juin, alors même que le compte administratif de l’année 2013 sera soumis au vote des élus. Un plan pluriannuel de maitrise des dépenses de fonctionnement 2014-2020 pourrait également être annoncé. Pour l’instant, la « recherche d’économies » serait donc le prix à payer pour le contribuable toulousain face à cette chute de l’autofinancement et à l’emprunt en cours. La droite, locale ou nationale, n’aime pas augmenter les impôts, surtout quand elle a promis qu’elle ne le ferait. Alors, comme le dit Jean-Luc Moudenc, cela impose désormais « le courage et l’imagination. »

Jérôme Dutoit


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