Les enquêtes d’opinion et les sondages publiés par vagues régulières le confirment depuis plusieurs mois voire plusieurs années : le niveau de confiance que les Français accordent aux hommes politiques est historiquement faible. Dans l’éventail de ces « Fractures françaises », pour reprendre le titre d’un ouvrage du géographe Christophe Guilly, un chiffre symbolise le divorce désormais consommé entre le peuple et ses représentants. 8%, voici la proportion de citoyens qui font confiance aux partis politiques, selon une étude Ipsos-Stéria réalisée pour Le Monde en janvier dernier. De la quinzaine d’institutions qui étaient citées, les partis politiques recueillent le moins d’opinions favorables, loin derrière un trio de tête constitué par les PME, l’armée et la police.
Or il se trouve que la vie politique française est intégralement articulée autour de ces mêmes partis, qui sont les seules structures en mesure de faire gagner une élection à un candidat, mis à part dans les petites communes. Pour éviter de trop pâtir de l’image négative qui auréole les partis, les dernières élections municipales ont été l’occasion, pour de nombreuses têtes de liste, de promouvoir des colistiers issus de la « société civile » (qui ne sont pas encartés dans un parti), à un point jusqu’ici jamais atteint.
PROFESSIONNELS ET NEOPHYTES
A Toulouse, les listes de Christine de Veyrac (soutenue au départ par l’UDI), Jean-Pierre Plancade (mis en congé du PRG) ou encore celle dite « des quartiers » menée par Ahmed Chouki jouèrent à fond cette carte de la « société civile », avec l’insuccès que l’on sait. Ce ne fut pas le cas de Jean-Luc Moudenc, dont la liste présentait justement autant de membres venus de la « société civile » que des appareils partisans.
Si la stratégie réserve des fortunes diverses, mettre en avant la « société civile » apparaît désormais comme un passage obligé, un critère paré de vertus. Autant il est souvent reproché aux politiques d’être devenus des professionnels de l’exercice, autant les néophytes semblent bienvenus, indépendamment de leur expérience des institutions et de leurs rouages. Non, l’image des néophytes possède une dimension virginale forcément positive et valorisante, comme l’est également la « jeunesse » des colistiers. Le benjamin de la liste de Pierre Cohen est âgé de 23 ans quand la plus jeune colistière de Jean-Luc Moudenc n’a que 20 ans !
TRANSPARENCE
« Société civile » et « jeunesse » s’insèrent évidemment dans un mouvement d’ensemble plus large, celui de la transparence de la vie politique, de sa moralisation dans le but de rendre celle-ci plus déontologique, comme le suggérait d’ailleurs l’intitulé de la commission confiée à Lionel Jospin qui accoucha en 2012 des grandes lignes de la loi sur le non cumul des mandats. En France, l’un des tournants en matière de moralisation de la vie politique fut le vote en 2000 de la loi sur la parité pour les partis politiques, inspirée notamment du modèle scandinave.
Au nom de l’égalité, il n’est pas inenvisageable qu’à l’avenir cette loi soit amenée à évoluer. En effet, au nom de quel critère les députés s’opposeraient-ils à l’application de quotas, dans les scrutins de liste, assurant par exemple une représentativité aux personnes issus de l’immigration et de la diversité (le chercheur Gilles Kepel a récemment démontré dans Passion Française la forte hausse du nombre d’enfants et de petits-enfants d’immigrés comme candidats aux municipales), voire en fonction de l’orientation sexuelle ? Le débat est ouvert.
Jérôme Dutoit
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