Politique & Société

Serge Didier: « Dominique Baudis a réalisé quelque chose d’irrationnel »

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Attaché et affecté. Serge Didier, l’avocat qui dans sa robe jamais ne se dérobe, traduit avec force et fraternité l’immense vide que laisse la disparition de Dominique Baudis. Une semaine après les émouvantes obsèques de ce dernier dans sa Ville rose en émoi, l’ancien adjoint du maire figure majesté d’un grand pan de l’histoire de Toulouse pourrait entonner dans un silence reposé- l’oxymore trouve ici toute sa puissance- le refrain d’une chanson de Jacques Brel: « On n’oublie rien de rien, on s’habitue, c’est tout. » Attachant et affectif, Serge Didier se rappelle des moments figés dans l’unique avec Dominique Baudis, des anecdotes mâtinées d’empathie, des douleurs couleurs sombres, des visions éplorées et des vides face à un précipice d’incompréhensions dans l’affaire Allègre, mais aussi des truculences partagées avec le premier édile dans un bonheur de simplicité. Morceaux choisis. Serge Didier se présente à la barre des souvenirs.
Comment rencontrez-vous Dominique Baudis? Et comment vous retrouvez-vous sur sa liste?
C’est en septembre-octobre 1982. Pierre Baudis, alors maire de Toulouse, me demande de renconter son fils Dominique que je ne connaissais pas. On se voit au Van Gogh place Saint-Georges. A l’époque, je suis numéro 2 de l’UDF derrière Pierre Baudis. Nous savons que Pierre Baudis veut passer la main au Capitole. Tout le monde s’attend à voir monter Valdiguié ou Fauré. Mais Pierre Baudis sort sa botte magique, son fils Dominique. Et là, je pars avec lui pour les municipales.

« DOMINIQUE, C’ETAIT LE FILS DE TOUS LES TOULOUSAINS »
Dominique Baudis n’était pas connu en politique. Comment expliquez-vous votre écrasante victoire?
Dominique incarnait le présentateur des infos TV qui rentrait chez les gens, et là c’était lui qui était maintenant près d’eux dans leur ville. Il y a eu un phénomène de filiation. La mémé des Minimes qui aime la castagne et qui votait à gauche s’est épris de Dominique. Le fils était là avec eux. Et Dominique a su parfaitement identifier Toulouse. C’est pour cela qu’il a gagné trois fois les élections trois fois au premier tour. Il a réussi quelque chose d’irrationnel.
Quel homme était-il?
Il n’était à l’époque ni Seguin, ni Pasqua. Ce n’était pas une bête politique, mais il avait le charme, le charme d’un JFK. Il avait d’ailleurs une photo de Kennedy chez lui. Mais attention, Dominique, c’était le patron. Pas le chef, il n’aimait pas que l’on l’appelle comme cela. Dominique, il pesait. Il avait toutefois beaucoup de retenue, il était tout en force intérieure. Il était avec nous amical mais pas ami. Dominique, il savait parfaitement hiérarchiser et compartimenter, et à la fin, on se rendait compte qu’il avait raison. Il savait déléguer mais il regardait tout avec finesse et justesse.
Et avec vous, quels étaient les rapports?
Dès les premiers jours après les élections, il m’a dit: « Serge, tu prends la propreté. » Je lui ai répondu incrédule: « Mais je suis avocat! ». « Tu prends la propreté, et Huguenard prendra la circulation. » Il était ferme Dominique. C’était le patron. Mais au final, je n’ai eu que de belles délégations. En 18 ans avec lui, je n’ai pas eu un seul accrochage dans les délégations à la mairie. Il m’a toujours laissé faire, mais je l’informais toujours. Il avait confiance en moi.
Quel sera votre grand fait d’armes avec lui?
Il y en a eu beaucoup, mais je retiendrai les grandes grèves de 1995 contre Juppé. Des éboueurs étaient en grève. Les ordures n’étaient pas ramassés depuis trois semaines. Et un matin à 4 heures, on a libéré les dépôts. On a permis aux non-grévistes de reprendre les camions. Il a su réagir comme il fallait avec une ferme autorité. Dominique réfléchissait beaucoup avant d’agir, mais quand il avait décidé, il fonçait. Pour moi, durant trois mandats, Dominique n’a pas fait d’erreurs. Il savait se concentrer sur les questions essentielles. Rappelez-vous la Cité de l’Espace, il a eu l’idée et il avait le savoir-faire et le faire-savoir.
Quel sera votre grand regret avec lui?
Qu’il ne soit pas revenu en 2008 pour les élections. Je plaidais pour son retour car je savais que sans lui on avait perdu. Il ne pouvait qu’être le seul pour nous faire gagner. J’ai tout essayé, fait des réunions. Mais en août 2007, il m’appelle de Tunisie et me dit: « Non Serge, je ne reviendrai pas. » J’ai été naîf de croire en son retour. Je le sentais partagé entre être rétabli dans son honneur par le suffrage électoral et sa volonté de ne pas revenir après l’affaire Allègre qui l’a tué. Car oui, l’affaire Allègre a ruiné sa vie.

« SON PASSAGE AU 20 HEURES DE TF1 A FAIT BASCULER L’AFFAIRE DANS LA FOLIE »
Justement l’affaire Allègre, comment avez-vous vécu ce cauchemar à l’encontre de Dominique Baudis?
Pendant des mois, Dominique ne savait plus où il était, il ne comprenait pas l’affaire. Il se retrouvait dans un tourbillon où il est impuissant. Je ne savais pas qui voulait le tuer? Personne au départ, je pense. Mais après, quelle horreur. Il a affonté la calomnie mais à quel prix. C’est son passage au 20 heures de TF1 qui a fait basculer l’affaire dans la folie. Imaginez-vous, il y a eu plus de papiers sur Dominique Baudis que sur l’affaire Grégory. Dominique n’a jamais mérité ce qu’il a vécu car tout était invraisemblable.
Soyons plus souriants, quelles anecdotes croustillantes retenez-vous en compagnie de Dominique Baudis?
Il y en a eu beaucoup. Je me souviens du retour de la finale au Parc du Stade Toulousain en 1997. Dans l’avion du retour, j’ai mis la pagaille alors que je savais que le lendemain, j’allais perdre les législatives. Dominique était plié de rire. Je me souviens aussi de nos rigolades lors des repas avec les seniors. En 1993, quand nous avions tous les deux gagné la députation, on a vécu de grands moments. Et puis, je me souviens de la naissance de son fils Benjamin il y a 17 ans, il était heureux, vraiment heureux.

Propos recueillis pâr Laurent Conreur


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