Politique & Société

Dominique Baudis, la disparition d’une figure

Dominique Baudis aura toujours été un grand homme au service des hommes.

Homme politique, il aura épousé la préférence toulousaine à la suffisance nationale. De la Ville rose, il a été et restera un pilier Capitole comme son ami le boxeur occitan Claude Nougaro. Dominique Baudis incarne Toulouse, beau et rebelle, humble et gouailleur. Dominique Baudis, l’enfant sur les bancs de l’Assemblée Nationale usant ses culottes en mirant et admirant son père Pierre, député-maire, et manifestant déjà son amour pour la République et ses valeurs. « La plus belle des gloires pour un enfant né d’un père vertueux est d’imiter les vertus de son père » écrivait le philosophe grec Euripide. Dominique Baudis marchera donc dans les pas de son paternel. Mais pas immédiatement.

GRAND REPORTER AU LIBAN
Etudiant à Sciences-Po Paris, le Toulousain compose avec un poste de secrétaire du groupe centriste au Sénat. Il ouvre toutefois la porte de la politique en devenant conseiller municipal en 1971 à Boulogne-sur-Seine, alors que son père s’habille du ruban tricolore du premier édile de Toulouse. La dynastie démocratique Baudis prend son envol, mais Dominique change de piste et décolle dans la journalisme. Grand reporter au Liban, il jongle avec les turpitudes de la guerre au quotidien. Lors de ses affres en reportage, une balle tirée par un soldat palestinien se logera dans sa jambe. A l’occasion de ce périple, il cachera sa fille Florence un an dans la cave de son immeuble. Il préfèrait raconter à l’époque ses rencontres avec les hommes du conflit, Yasser Arafat, Menahem Begin et Anouar El Sadate plutôt que ses souffrances. L’humilité personnifiée. Cette aventure libanaise sera toutefois son tremplin. En 1978, il est la voix du 20 heures de TF1, puis celle de la Trois lors de l’édition de nuit de 1980 à 1982. La prise de pouvoir de François Mitterrand l’écartera des grandes messes journalistiques. Pour lui, une nouvelle vie va commencer.
Son père annonce qu’il veut passer le témoin de maire de Toulouse. Dominique Baudis, supporter numéro 1 du Stade Toulousain, prend la balle politique au rebond. Et avec 57% au premier tour, il devient le maître du Capitole. « Il ne manifestera jamais de fierté d’avoir été élu avec un tel score. Dominique Baudis nous a toujours donné des leçons de modestie » insiste une de ses anciennes collaboratrices. Dominique Baudis avec ses équipes travaillent à l’ombre des palais de la République pour mettre en lumière la Ville rose. « Avoir été maire de la quatrième ville de France pendant dix-huit ans, c’est plus important qu’être ministre de ceci ou de cela. C’est plus charnel, plus humain. » Et pourtant, des poncifes lui font les yeux doux, Balladur Premier ministre le charme, mais sa préférence à lui, c’est Toulouse. Toulouse, où il bâtit. Airbus, la Cité de l’Espace, les nouvelles technologies. Tout ce panel, c’est de l’ouvrage Dominique Baudis. « Dominique, il a toujours été à l’écoute et au service des citoyens. Sa sincérité, son honnêteté intellectuelle, et son engagement pour les bonnes causes sont ses valeurs » confient ses proches. Le savoir-faire et le faire-savoir de Dominique Baudis.

EN 2001, IL DECIDE DE QUITTER LA MAIRIE DE TOULOUSE: L’ELECTROCHOC
En 2001, tremblement de terre à Toulouse. Dominique Baudis décidé de quitter la scène politique. L’électrochoc. L’ancien maire prend les rênes du CSA, Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. Pour un retour sur la scène journalistique? Non pour mettre en place un chantier, la télévision numérique terrestre (TNT). Il réussit sa mission toujours avec discrétion. En même temps, il s’adonne à sa passion de l’écriture pour meubler la bibliothèque du succés: « Raimond de Saint-Gilles, première croisade, Raimond Le Cathare, Raimond d’Orient, Passion des Chrétiens du Liban ». « Dominique Baudis est un écrivain membre du cercle très fermé des écrivains à succès » applaudit une admiratrice. Les parutions de « La Conjuration » en 2001 et « Il faut tuer Chateaubriand » en 2003 le placeront définitivement au panthéon de la littérature.
Et puis il y aura « L’affaire Allègre ». L’horreur et le dégoût. L’ignoble et l’inqualifiable. Un cauchemar total de dix-huit mois avec des effets colatéraux perpétuels. Face à la calomnie, il en est sorti grandi mais meutri. Otage du mépris, Dominique Baudis aura plaidé sa défense avec honneur et humilité, aura prouvé les dysfonctionnements hiérarchiques, les aberrations de l’enquête, et les mensonges manipulés. Son ami Claude Nougaro lui apportera alors son grand soutien: « Cher Dominique, fils du Bel Canto, je connais bien l’air de la calomnie. Il affiche avec toi une cruauté dont l’espèce humaine, hélas, a le secret. Sympathie, un mot grec qui signifie, je crois, souffrir avec. Reçois dans ton coeur, Dominique, toute ma sympathie. Hélène et moi, nous vous embrassons, bien affectueusement. »
A 66 ans, Dominique Baudis a quitté les siens et tous ceux qui l’ont aimé avec une grande humilité. Toulouse Post et Mis en Scène, organes de presse, dont il aura toujours été un modèle dans la profession, présentent ses sincères condoléances à toute sa famille.

Laurent Conreur


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