Sports & Loisirs

France-Angleterre: les plans de bataille de Xavier Garbajosa

Doussain-Plisson, une charnière expérimentée…et si c’était le petit grain de folie pour déstabiliser les Anglais samedi.

Avec le XV de France, en 1999, 2001 et 2003, Xavier Garbajosa a vu ses ailes briser par la Perfide Albion. Lors de ces trois crunchs, les mâchoires anglaises ont croqué les pattes du Coq qu’il portait fièrement sur le coeur. Ces Anglais, qu’ils jugent intelligents surtout lors de leur opération intelligentsia-commando en 2004 pour tout paramétrer pour gagner la Coupe du Monde cette année-là, sont selon l’ancien international du Stade Toulousain le meilleur apéritif pour se mettre en appétit lors de ce Tournoi des VI Nations 2014. Et ce même après une année 2013 de diète glorieuse, marquée par uniquement deux victoires et une sinistre dernière place dans le Tournoi. S’il ne tombe pas dans un optimisme béat, Xavier Garbajosa pense que la France est prête pour cet affront frontal, surtout que pour la première fois dans le rugby pro, Français et Anglais ont bénéficié d’une période de préparation similaire pour ce choc parfois chic, parfois clash. Il dissèque pour nous les forces en présence, avec pour la France une prime au culot, qui pourrait brouiller les esprits adverses, mais aussi comment tirer les ficelles pour que le fil du jeu anglais soit coupé dès les débats entre les cinq de devant.
« Déjà, je dis: quoi de mieux que de débuter ce Tournoi des VI Nations contre nos chers amis anglais samedi à 18 heures au Stade de France. Une bien meilleure entrée en matière que de commencer contre l’Italie, même si je n’ai rien contre les Italiens, au contraire. Il n’en reste que la France est attendue pour vite nous faire oublier la morosité de l’an dernier. Alors mieux vaut vite se frotter à un os pour convaincre. Le XV de France, après ses résultats pauvres, a là l’occasion de valider ses acquis et tout le travail effectué depuis deux ans. Ce ne sera pas simple, car ne vous attendez pas à voir des Anglais passifs, mais je pense que les derniers supers résultats de nos clubs en H-Cup face aux formations anglaises peuvent nous donner de l’espoir.
« PRAGMATISME ET EFFICACITE »
Alors, comment battre ces Anglais? En se basant sur deux socles: le pragmatisme et l’efficacité, en gérant avec rigueur les temps forts et les temps faibles. Nous avons largement les moyens de relever le combat physique et de les contrer dans les duels avec notre cinq de devant. On a aussi des atouts pour assurer une conquête propre, des ballons propres à destination de nos trois-quarts qui ont la vitesse et la précision. Après la grande question fondamentale, c’est quelle charnière choisir? Doit-on associer un Machenaud à Trinh-Duc et miser sur l’expérience, ou jouer la carte surprise et prise de risques avec Doussain et Plisson? Selon moi, ils ont tous des qualités indéniables pour le très haut-niveau, mais après il y a un match, et je crois que tout ne se jouera pas sur l’enthousiasme surtout face aux Anglais. Une alternance pied-mains peut être une arme pour franchir le mur britannique. Philippe Saint-André a choisi le pari de la jeunesse avec Doussain et Plisson….
Pour bien équilibre notre panoplie, il faudra alors vraiment imposer notre puissance devant pour que notre charnière n’évolue pas sous pression des flankers anglais, afin que l’on puisse imprimer de la vitesse, car là nous avons des axes de manoeuvre, pour créer des cassures défensives et déplacer le jeu afin d’user les Anglais. Pensons sans cesse à étouffer ces Anglais, montons vite sur eux afin qu’ils ne puissent rien déployer. Pour cela, il ne faudra pas se consommer dans les rucks, et vite se redistribuer défensivement. Et surtout, surtout, être disciplinés dans les phases au sol, car les Anglais vont prendre un malin plaisir à nous amener à la faute inutile. Dans ce type de match de haut-niveau, chaque détail peut faire pencher la balance. Est-ce que notre panache et notre enthousiasme feront le reste? Ce grain de folie offensif capable en trois secondes de faire vaciller les formations les plus solides sur leurs bases. Ce sacré french flair que les plus grands vieux joueurs anglais…ne retrouvent plus dans notre jeu, et ce parce que l’on aurait trop copié justement…le jeu anglais, en devenant trop prévisible. »
Et si pour rompre ce conservatisme et retrouver notre soif de liberté, la paire Doussain-Plisson semait la zizanie…

Xavier Garbajosa, consultant rugby Eurosport, observateur rugby de Toulouse Post

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