Politique & Société

Burn-out: plus de 3 millions d’actifs au bord du gouffre moral

En 2020, le burn-out sera deuxième cause de maladie derrière les maladies cardio-vasculaires.

 

On nomme cela « maladie de civilisation ». Au XIXe siècle, elle avait pour nom la mélancolie. Au XXe siècle, la paranoïa et la schizophrénie rôdaient dans les âmes en peine pour les détruire. Au XXIe siècle, le fléau mental a été baptisé burn-out, voir global burn-out. Ce terme est né du livre de Graham Green, « A Burn-Out Case », paru en 1961, relatant un syndrome qui touche les travailleurs usés, stressés, cassés, consumés par un feu intérieur. Cet état d’anxiété, ce sentiment d’incompétence et cet épuisement personnel ou professionnel demeurent aujourd’hui les effets induits de notre société ultraviolente. L’individu assure sur tous les terrains, force contre vents et marées, s’autorise toutes les batailles pour lutter contre la dictature de la rentabilité. Et puis…Tout craque. Exténué, vidé, incapable de se détendre et de récupérer, l’être sombre dans le burn-out et montre alors le visage de la grande fatigue contemporaine. Selon une étude réalisée par le cabinet Technologia parue hier, plus de trois millions de Français actifs seraient au bord de ce gouffre moral. Dans ce classement des victimes du travail excessif et compulsif, on trouve en tête coupée les agriculteurs (23,5 %), devant les artisans, commerçants et chefs d’entreprise (19,7 %) et les cadres (19 %). On trouve ensuite les ouvriers (13,2 %), les professions intermédiaires (9,8 %) et les employés (6,8 %).

EN 2020, DEUXIEME CAUSE D’INVALIDITE DANS LE MONDE
« Dans ma pauvre cervelle carton bouilli, c’est comment qu’on freine » chantait feu-Alain Bashung, terriblement visionnaire. Oui, comment on met au feu rouge ce burn-out? Difficile, car le mal est profond et a pris une sacrée vitesse de croisière. L’Organisme Mondial de la Santé annoncait l’an passé qu’en 2020 la dépression, manifestation première du burn-out, sera la deuxième cause d’invalidité sur notre pauvre planète juste derrière les maladies cardio-vasculaires.
Alors comment s’installe vicieusement ce burn-out? A partir de quel diagnostic peut-on connecter les troubles psychiques individuels au cadre social ou culturel? Les études cliniques, sociologiques, psychologiques et philosophiques ont montré que ni l’univers mental de l’individu et ni la pression qui pèse comme un fardeau sur sa psyché ne suffisent à expliquer un burn-out. Il faut y ajouter une caution fondamentale: la maladie de la relation. L’obsession de la gestion est devenue un tel fusible qu’aucune action ne peut être considérée si elle ne génère pas un effet quantifiable.
Ou quand le materialisme nous matérialise. Quantifier en permanence nous connecte sans cesse dans la vérité de l’existence humaine d’aujourd’hui. Le mal est là. Cette fausse rationalité s’avère totalement déshumanisante. L’homme devient juste une seule unité comptable, un pion rentable, sans plus aucun rapport à sa simple réalité. Vivre en étant coupé de son existence, voilà l’origine du burn-out.

COMBINER BIEN-ETRE ET BIEN-FAIRE AU TRAVAIL
Course bousculade vers la reconnaissance, recherche du perfectionnisme à en perdre haleine, ces conditions entraînent l’incendie de la personne qui perd le simple contact avec elle-même. On nous demande pourtant dans ce monde en crise de s’endurcir pour être meilleur. Elle est là la grande illusion, car chercher à tout contrôler pour être le meilleur, le plus efficace, ne marche pas. Au contraire, refuser d’être juste vulnérable, juste humain, juste sensible, juste lié aux autres, c’est tout simplement courir à la catastrophe. C’est laisser ce burn-out prendre une place majeure, et alors voir en silence un vide se propager en soi, aussi rapide qu’un feu…pour ne laisser qu’une terre brûlée.
Alors que faire? Chercher un cocon refuge pour se protéger, se montrer sans cesse cool et négligent. Non. Car, là encore, c’est une autre volonté de vouloir tout contrôler. Une autre illusion dangereuse. Pour se protéger contre les potentialités autodestructrices de notre société, il n’existe qu’un seul remède: retrouver le cordon ombilical souvent cassé entre le bien-être et les exigences du bien-faire au travail. Autrement dit juste respirer à nouveau l’air sain du plaisir du travail bien fait, c’est tout.

Laurent Conreur


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