Dans sa basse-cour artistique, le coq fait l’opinion.
Charly, le perroquet blanc, fier comme une coq (in fine normal vu les activités de son maître parleur), entonne La Marseillaise. Un chant national que le bonhomme a souvent entendu sur les champs de bataille ovale. En effet, le gars aux deltoïdes encore sculptés dans le marbre comme au bon temps de sa vie de poutre en chêne massif au Stade Toulousain, a rempli des pages beaux arts magazine du rugby: champion de France, champion d’Europe, Grand Chelemisé avec le XV de France et héros d’une demi-finale abracadagrosbras contre les Blacks lors du Mondial 1999. Son nom: Cédric Soulette. Mais pour lui, les crampons, il y a des lustres qu’ils ont été dévissés. Ses pieds, il les a crampés sur une autre terrain bien aux antipodes des pelouses des mêlées et de ses démêlées.
« La révélation avec Jean Chauchard, un sculpteur monumental »
« Pour moi, les après-matches, c’était des visites dans les galeries d’arts, les rencontres avec les artistes et des artisans, les salles de ventes. J’aimais m’imprégner de ces milieux. Je ne me suis jamais rêvé grand sportif. Maman, directrice d’école, aurait aimé que je poursuive mes études. J’ai toutefois fait un cycle technique, j’ai découvert le bois, le feu, la matière. J’ai adoré l’acier, mais je n’en avais pas pris la mesure de sa valeur à cette époque. C’est quand je me suis proposé à la création avec des gens compétents et talentueux que j’en ai apprécié la vraie dimension. L’art, c’est comme le sport, seul, tu n’es rien. Cela, je l’ai compris assez jeune, c’est pour cela que j’aimais me confronter pour oublier. J’ai toujours aimé me poser des questions pour arrêter de m’en poser. Et c’est à 25 ans au top de ma carrière que j’ai reçu le magnifique clin d’oeil de la vie. Une amie m’a offert une boîte de peintures. » Le déclic pour la grosse claque. Cédric Soulette est allé visité les couleurs, et surtout a croisé l’émotion et sublimé la rencontre: « Lors de mon transfert de Toulouse vers l’ASM, j’ai fait la rencontre d’un sculpteur monumental, Jean Chauchard. Il m’a offert sa maison, son atelier, ses amis. Et il m’a dit: choisis un cailloux. Un rêve éveillé. » Une voix venait de tracer sa nouvelle voie: « Dans l’art, il faut écouter ses sens et arriver à les traduire en gardant l’humilité. Au début, j’avais l’angoisse de la gestion et l’euphorie de la naissance de la création. »
« Marre que l’on ringardise le coq »
Dans sa basse-cour artistique, le coq faisait l’opinion. « J’en avais marre que l’on ringardise cet animal. Je voulais le voir noble, fier, ailleurs que sur les clochers des églises ou sur les monuments funéraires. Le coq, c’est le symbole de la combativité du soldat de la Première Guerre mondiale, mais aussi la communion entre la symbolique française, sa diversité culturelle et humaine, le patriotisme anti-populiste et la sportivité. » Naît alors sa société Stan’Art et son gallinacé chante sur les toits de la renommée. « Les artistes ont amené leur patte sur un coq vierge et blanc. » Les Toutain, Jean-Pierre Rives, Hervé Di Rosa, José Luis Pascual, Ben, Marco, Bernard Cadène, Fredo Saccaro et d’autres pointures, se sont soudés dans son pack sans reculer d’un crampon. Le Cocoricopyright concept montait sur ses ergots. « Du Coq à l’Art a été notre premier évènement artistique lors de la Coupe du Monde 2007. Ensuite, il y eut une mairie un coq, du coq à l’Art Entreprise, la Cow Parade à travers le monde. Nous continuons à créer des événements artistiques. » Et ce toujours avec cet anachronisme distingué, cette singularité esthétique, cette instabilité chronique. « Vivre le mouvement, c’est vivre le déséquilibre. Quand il y a danger, il faut y aller sans tricher. J’aime déstructurer l’être que je suis. Etre en place, c’est être immobile. Regardez aujourd’hui encore, je ne suis pas abouti. »
Cédric Soulette se plait à péter les moules, et à enfoncer la construction initiale par la déconstruction. Si la vie lui a fait quelques cadeaux, elle lui a aussi fait quelques placages à retardement violents. « En 2001, j’ai perdu un être cher. A ce moment-là, je me suis cassé l’omoplate. Une lecture, car cet os est la structure de l’homme. Il fallait donc que je casse quelque chose en moi. Je pense aussi à mon arrière-grand-père résistant avec Jean Moulin, mort à Auschwitz. C’est pour cela que sur un terrain de rugby, il fallait que je me fasse une idée de ma France quand j’entendais La Marseillaise. La lâcheté m’a toujours blessé. Dans ma vie, je n’ai pas de héros, mais des exemples qui m’ont orienté. »
Comme ses coqs, Cédric peut être fier mais sans la sournoise arrogance. « Fier aussi de rejoindre Toulouse Post, où je vais essayer d’amener un ton, un regard, un sentiment sur le monde de l’art. Comme je le sens, et sans orgueil. » Avec lui, la mêlée Toulouse Post ne rejoindra jamais le terrain de l’intolérance et le malhonnêteté intellectuelle.
www.stanart.fr
Laurent Conreur
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