Économie & Entreprises

Rodolphe Vialles: « La bourse à papa, c’est bien fini »

Rodolphe ok

« La bourse en France, c’est une vitrine derrière laquelle il n’y a plus rien. »

Le bonhomme est vif, malin, intuitif, tutoie vite quand on lui en laisse l’opportunité. Rodolphe Vialles  ne se cache pas derrière son petit doigt pour livrer quelques vérités qui font mal à notre France. Téléporté dans les lieux où souffle l’esprit du libéralisme financier souple d’après-Mur, après des études de physique et de finance d’entreprise et un poste de directeur administratif et financier d’une PME, le fondateur d’ABC Bourse, troisième site français et seul indépendant, balance sec et nerveux que la France vit comme une vieille rombière fatiguée, plombée par un fardeau de taxes, et  comme un magicien usé usant de leurres, « La bourse à papa en France, c’est fini. Plus aucune opération ne se fait en France. La bourse en France, c’est une vitrine, derrière laquelle il n’y a plus rien ».  Ce libéral économique peste contre l’exception française où « tout prend du temps, plus que prévu et plus qu’ailleurs », maugrée contre l’abus de réglementations et les lourdeurs administratives et juridiques d’un pays pétri d’arthrose intellectuelle. Et pourtant, il continue à miser sa vie sur les actions de son site.

On vit un incroyable paradoxe: l’économie est en crise profonde et la bourse ne la subit apparemment pas. Vos explications?

La bourse s’est toujours donné pour mission d’anticiper les sorties de crises. La bourse est un secteur visionnaire. Dans la planète bourse, tout le monde se dit que l’économie va se redresser même si l’on peut, sans trop le dire, émettre des réserves.

Qu’en est-il malgré tout de l’état de santé de la bourse en France?

La bourse à papa en France n’existe plus. Il ne faut pas se leurrer. Euronext a d’ailleurs déménagé tous les équipements, tous les ordinateurs de Paris vers Londres. Plus aucune transaction ne se fait en France. La bourse en France, c’est une vitrine derrière laquelle il n’y a plus rien. Il faut savoir que plus de 50% des actions françaises sont achetés par des étrangers. Le particulier français ne représente pratiquement rien dans les transactions boursières. Le cash boursier vient des banques centrales comme la FED.

Voulez-vous dire que l’argent boursier ne profite pas à l’économie réelle?

Exactement. L’argent pas cher se diffuse de façon astronomique sur la planète. Elle envahit le marché mais n’impacte en rien sur l’économie réelle, mais principalement à des grands groupes.

« LE CAC 40 NE FAIT PLUS AUCUNE OPERATION EN FRANCE »

Quid du CAC 40 et de son impact sur la France?

Malheureusement, les 40 sociétés françaises du CAC ne réalisent plus aucune opération en France et ne se servent plus des mécanismes boursiers instaurés chez nous. Il y a une autre  phénomène  qui a son explication rationnelle: l’épargne qui va sur l’économie est ultra taxée en France, d’ou la fuite vers la bourse à l’étranger.

Après ce constat assez grave, revenons à vous et à votre société ABC Bourse, numéro 3 en France et la seule indépendante, comment en êtes vous arrivé là après des études universitaires de physique?

J’ai aussi une formation dans la finance d’entreprise avec un diplôme de l’IAE, qui m’ a fait occuper un poste de directeur administratif et financier d’une PME de l’agroalimentaire qui faisait 15 millions d’euros de CA.  J’aimais la bourse avec ces scénarios genre thriller angoissant. Dès que l’internet est arrivé, j’ai créé mon premier site boursier en 1995, Toulouse Stock Exchange où je créais des fiches pédagogiques pour expliquer la bourse aux gens. J’ai ensuite rencontré d’autres personnes dans ce secteur, et en 1998, nous avons mis nos ressources en commun, et à Londres, nous avons monté ABC bourse avec comme phare la vocation pédagogique. Au départ, on ne pensait pas faire de l’argent. La bulle internet a explosé et avec, l’audience et les entrées d’argent. Alors que nous, nous n’avons jamais levé de fonds importants.

Vous avez toutefois connu des hauts et des très bas. Pourquoi?

En 2001, le marché a chuté de façon terrible. Il y a eu une forte perte de confiance tant pour la bourse que pour l’internet. On a connu des moins 90% du jour au lendemain. On a fait le pari que cette crise serait courte, même si 80% des sites boursiers ont dû disparaître. Seuls trois sont restés: Boursorama qui appartient à la Société Générale, Boursier.com propriété de Lagardère, et nous, les seuls indépendants. En mars 2003 avec la seconde guerre du Golfe, la bourse est répartie. Aujourd’hui avec la crise, on a enregistré entre 4 et 5% de croissance sur ces deux dernières années. On a tout connu: l’euphorie, la dépression et maintenant une forme de stabilité.

Comment se décline aujourd’hui ABC Bourse?

On a toujours l’axe pédagogique, avec à quoi sert la bourse, mais aussi les calculs financiers. On a développé les jeux boursiers, avec simulation avec de l’argent virtuel placé sur la bourse réelle. Sur l’année, on enregistre 40.000 personnes s’y adonnant. On propose aussi cet outil que l’on est les seuls à posséder à 150 écoles et à des universités. Et enfin, une ligne éditoriale sur l’actualité boursière, où l’on s’interdit une verticalité politique, même si on est assez libéraux dans l’approche. Plus d’un million de personnes visitent notre site, avec 80% de Français, dont 80% d’hommes et une majorité de retraités.

Vous, vous travaillez depuis Toulouse, comment s’organise de ce fait votre société?

Nous avons cinq pôles avec chacun son équipe locale. Une ici à Toulouse dédiée au développement et la maintenance du site, une à Paris, une à Deauville et une à Londres. On vient d’en créer une à Tunis avec un site boursier qui connaît une audience colossale.

A quoi rêve Rodolphe Vialles aujourd’hui pour sa société ABC Bourse?

Avant tout maintenir notre indépendance et conserver ainsi notre ligne éditoriale. On veut garder la main sur cette liberté. Ensuite se développer à l’international, comme on vient de le faire en Tunisie.

Vous rejoignez notre site au titre d’observateur avisé, pourquoi cette décision?

Parce que déjà votre pari de ce site pertinent d’informations avec des intervenants dans chaque rubrique est attirant. Il s’orchestre autour d’une honnêteté intellectuelle, d’un esprit de famille et de solidarité avec des personnes qui partagent les mêmes valeurs. Personnellement, cela me plaît car je pourrais dans cette tribune libre opter pour d’autres angles d’écriture que je le fais sur mon site. Je suis très très heureux de faire partie de votre équipe.

www.abcbourse.com

Propos recueillis par Laurent Conreur


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