Sports & Loisirs

Maxime Médard: tube à essais

Pour que le regard dépasse le contenant et ouvre sur le contenu, il faut que Maxime Médard dépasse son introversion bien cramponnée, la crochette bien campé sur des appuis rassurés. Max la menace pour les défenses adverses est une menace pour la défense de son soi intérieur. « C’est vrai que je suis très introverti, assez méfiant et réservé. » De l’homme à l’ombre, il n’y a qu’une foulée. Par pudeur peut-être, par respect surtout. « Quand j’ai intégré les pros du Stade Toulousain à 18 ans, je me suis dit, mais où je suis tombé, j’avais peur de gêner, peur d’embêter les anciens. J’avais trop de respect pour eux, et aujourd’hui encore. Poitrenaud, Heymans, Jauzion, Clerc, je jouais avec mes idoles. Ca se comprend n’est-ce pas? » Maxime Médard, c’est l’histoire d’un mec en chantier qui n’oublie jamais les fondations, le plancher socle de sa construction.  Le gars qui ne vous laisse pas en pamoison devant sa vitrine, mais qui vous entraîne dans l’arrière-boutique pour y constater le bric-à-brac de sa croissance. « Quand gamin, je demandais à mon père de m’offrir un maillot du Stade ou de l’équipe de France, il me répondait: tu n’as qu’à te le gagner. J’ai fait sport-études, cela m’a beaucoup appris car j’ai été avec tout le monde issu de  tout le panel de la société. Ce qui me permet de dire qu’aujourd’hui que j’ai tout de même eu beaucoup de chances, je n’ai pas connu la galère. Mon premier salaire, je l’ai eu au Stade Toulousain, je n’ai pas eu à aller me le gagner dans les champs de maïs. » N’attendez Maxime Médard chef de tribu des apaches anarcho-sportifs des fortifs.  Il ne se vautre pas dans le lit douillet des idoles aux idylles. Lui, il vante les mérites du grand frère, le sien, Guillaume Médard: « Mon frère a fait beaucoup plus de sacrifices que moi, il a été joueur avec les Spacer’s Handball, présélectionné en équipe de France. Il est bac plus 5 dans le domaine du commerce. Guillaume, c’est mon modèle. J’ai toujours voulu être plus fort que Guillaume, c’est lui qui m’a boosté dans ma carrière de rugbyman. Mon père (NDLR: Alain, ancien troisième-ligne centre de Blagnac), lui, m’a donné des conseils, mais c’est mon frère qui a éveillé ma hargne et mon envie. » La hargne, le mental. Ca le travaille et ça se travaille. Surtout quand on est être abimé, fragilisé, comme un oeuf vidé de son contenu. Il faut alors péter la coquille, la faute aux épreuves de la vie dont Maxime Médard est sorti agrégé, après avoir été groggy et uppercuté. Il a rendu le poing aux vipères. « Je ne jouais plus trop en 2007. J’ai choisi de rejoindre le club de boxe de Blagnac, quand j’ai eu ce passage à vide, cela m’a permis d’expurger mes problèmes, familiaux, et de joueur. La boxe, c’est un sport humble et rustique, il m’a permis de me ressourcer. Ces étapes de la vie m’ont fait grandir. Aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte que cette période difficile n’était pas si mal. » Pas maso Max. Juste au max pour ne pas finir mytho. « Maintenant je sais que quand tu ne joues pas, ce n’est pas la faute des autres, mais seulement la tienne. Il ne faut s’en prendre qu’à toi. Le talent, ça se travaille, sinon il se meurt. Il faut regarder les autres, les respecter mais se dire qu’il faut faire plus que ceux qui sont en poste. Et tout cela ne peut se réaliser que grâce au mental, c’est le moteur. Tu peux avoir le physique, si la tête ne suit pas, t’es foutu. » Archi-connu du public, celui qui se rêve archi, s’est architecturé en silence et a mis sur son toit des panneaux voltaïques pour capter le soleil du bonheur et de l’énergie à revendre. « Le mental me permet maintenant de bien gérer ma vie. Je sais gérer les matches, la récupération et le plaisir de ne pas me priver, comme manger une belle entrecôte. Une saison est très longue, il faut savoir écouter son corps, un corps qui vit à fond sa passion avec les bonheurs au Stade Toulousain et en équipe de France.  » Pour plaquer les carcans qui nuiraient à ses chevaleresques relances, Maxime Médard, le Picasso du rugby, se réfugie dorénavant dans la peinture, pour redonner de la couleur aux idées noires. « J’ai pris des cours de peinture. La peinture me permet de m’évader. Mes toiles naissent bien sûr de mauvais souvenirs. Là, je suis dans la réalisation d’un revolver avec plusieurs formes et plusieurs couleurs. L’art contemporain? Je ne suis pas un connaisseur mais un observateur. Je connais des artistes, Basquiat, Warhol, Haring… mais je ne suis pas une encyclopédie de l’art. » Certes, mais dans le rugby, dans le festival arts et essais, il pourrait bien réaliser une toile qui fera histoire. Avec le Stade Toulousain ou l’équipe de France pour un nouveau tube à essais.

Laurent Conreur


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