Michèle Morgan, les yeux pour nous faire la pleurer


Posté le 21 décembre, par La Rédaction in Culture. Pas de Commentaires

Paupières de pierre dorénavant, son certain regard restera à jamais accroché au mur panthéonisé du cinéma français des années 30 à 50.

Paupières de pierre dorénavant, son certain regard restera à jamais accroché au mur panthéonisé du cinéma français des années 30 à 50.

Gabin-Morgan, le couple glamour du cinéma français des années 30 à 50.

Gabin-Morgan, le couple glamour du cinéma français des années 30 à 50.

« Ouverts à quelque immense aurore, de l’autre côté des tombeaux. Les yeux qu’on ferme voient encore ». Sully Prudhomme dans « Poésies ». Michèle Morgan, 96 ans, héroïne icône du cinéma glamour image noir et blanc cirée Studio Harcourt, a livré son dernier clin d’oeil. Paupières de pierre dorénavant, son certain regard restera à jamais accroché au mur panthéonisé du cinéma français des années 30 à 50. Née Simone Roussel à Neuilly-sur-Seine le 29 février 1920, la petite gamine grandie à Dieppe, soufflant ses bougies anniversaire que tous les quatre ans, avait vite soufflé à sa mère qu’elle se rêvait comédienne: l’autre Garbo, la nouvelle Dietrich, la seconde Harlow. Une mage astrologue lui aurait prédit la célébrité dès l’âge de 3 ans. Regard précoce sur « T’as d’beaux yeux, tu sais ». Et sa réponse désarmante à un Gabin embrumé dans « Quai des Brumes »: « Embrassez-moi ».
Révélée au révélateur d’un concours de photogénie sur la plage de Dieppe, Simone Roussel file alors à Paris au Cours René Simon. Marc Allégret dans « Gribouille » fige à l’écran sa présence magnétique et son regard diaphane. Marcel Carné, avant de lui donner dans « Quai des Brumes » sa dimension d’actrice au réalisme poétique, lui confie: « Avec ces yeux-là, vous devez beaucoup voyager et en embarquer pas mal ».

OUBLIEE PAR LA NOUVELLE VAGUE
Un voyage en yeux majeurs sanctifié par « Remorques » de Grémillon et « La Symphonie pastorale » de Delannoy, mais qui ne lui offrira pas de billet première classe, malgré sa classe naturelle, dans le cinéma de la Nouvelle Vague. Jeanne Moreau, Brigitte Bardot, Catherine Deneuve ou Bernadette Lafont l’empêchent d’y voir une suite à sa carrière. Il ne lui reste que les yeux pour espérer. Miroir d’une certaine femme française, Michèle Morgan refusera « La Note » d’Antonioni parce que elle ne savait rien du maestro italien, essuiera une larme au « no » de Sir Alfred Hitchcock pour son refus d’ un rôle dans « Soupçons ».
Morgan joue alors des rôles moins regardants et moins vus dans les années 70. Morgan n’est plus, mais a été et restera une certaine vision d’une actrice, d’une gueule d’ange taillée pour tailler la croupière aux divas d’Hollywood. Mais qui in fine aura été piégée par ses beaux yeux de « Quai des Brumes ». Faut-il y voir une injustice?

Laurent Conreur





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