L’homme « silicolonisé » par un courant baba pas si cool


Posté le 20 décembre, par La Rédaction in Culture, Economie Entreprises. Pas de Commentaires

Avec son ouvrage critique "La Siliconisation du monde", Eric Sadin montre combien et comment nous subissons la colonisation aussi douce et délicate qu'impitoyable et sordide de nos vies par la puissance de la technologie.

Avec son ouvrage critique « La Siliconisation du monde », Eric Sadin montre combien et comment nous subissons la colonisation aussi douce et délicate qu’impitoyable et sordide de nos vies par la puissance de la technologie.

En cette période de Noël où prolifèrent, pour les gamins qui veulent être in ou les seniors qui refusent d’être déconnectés, les achats des objets connectés et de protocoles dits « intelligents » chargés de nous assister en continu, le philosophe Eric Sadin dénonce le cadeau empoisonné de cette vision du monde du tout-numérique. Alain Souchon chantait dans « Foule Sentimentale »: « Oh la la la vie en rose. Le rose qu’on nous propose. D’avoir les quantités des choses. Qui donnent envie d’autre chose. Aïe, on nous fait croire. Que le bonheur c’est d’avoir. De l’avoir plein nos armoires…Il se dégage de ces cartons d’emballage. Des gens lavés, hors d’usage. Et tristes et sans aucun avantage. On nous inflige des désirs qui nous affligent… »

UN BEAU DESIR HEDONISTE AU DEBUT, UN VRAI CAUCHEMAR AUJOURD’HUI
Avec son ouvrage critique « La Siliconisation du monde », Eric Sadin montre combien et comment nous subissons la colonisation aussi douce et délicate qu’impitoyable et sordide de nos vies par la puissance de la technologie. Au coeur de cette grande machination, la Sillicon Valley, cet open space libertaire né dans les années 70 où cohabitaient, dans un beau désir hédoniste, les opposants à la Guerre au Vietnam et les « flower power » nantis des papas hippies. Un terreau de contre-culture, qui, in fine, aura mis en liaison les envies de liberté et le mercantilisme, en usant de la technique pour créer le moindre désir. Ne coupons jamais le son des propos vicieux de Stewart Brand, un des mentors de la première Sillicon Valley: « Qu’ils le veuillent ou non, les ordinateurs arrivent chez les gens, c’est une bonne nouvelle, la meilleure peut-être depuis les drogues psychédéliques ».

« LA SILLICON VALLEY, UN MODELE FONDE SUR LA MARCHANDISATION INTEGRALE DE LA VIE »
Car, oui, l’intelligence artificielle conduit vers des paradis….artificiels et nocifs ou l’addiction entraîne la déshumanisation.  » La Sillicon Valley, incarnation de l’insolente réussite industrielle, a généré un esprit en passe de coloniser le monde, porté par de nombreux missionnaires: industriels, universitaires, think thanks, start-upper. La Silicolonisation est un modèle civilisationnel fondé sur la marchandisation intégrale de la vie et l’organisation automatisée de la société qui est en train de s’instaurer à grande vitesse ». Silicolonisé, botoxé par le numérique, l’homme, selon Eric Sadin, est alors privé de vie intérieure. Under control des gourous du GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), et de tous leurs disciples. Eric Sadin avertit: « Le technolibéralisme entend opérer une pression continue sur la décision humaine par la suggestion en permanence renouvelée des meilleures actions et résolutions à prendre. Cet accompagnement de nos vis a éte institué par l’avénement des smartphones et des applications à partir de 2007. »
Le plus mesquin dans cette sublimation de l’intelligence artificielle, élevée au rang de surmoi doté de l’intuition de vérité pour nous mener vers la vie la plus confortable, est qu’elle ne met pas la race humaine dans un danger létal, mais la figure humaine forte de sa capacité de jugement et de choisir en toute liberté. Etre totalement connecté aujourd’hui c’est être en courant continu avec « le meilleur des mondes », comme l’écrivait Aldous Huxley. Le meilleur de nos vies violées et volées. A écouter Eric Sadin, mieux vaut tout débrancher, car ce ne serait pas une société qui serait menacée, mais une civilisation.
A lire vraiment, déconnecté de toute silicolonisation réalisée par ces babas pas si cools que cela.

La Silicolonisation du monde. L’irrésistible expansion du libéralisme numérique, d’Eric Sadin. Edition L’Echappée, 256 pages, 17 euros.

Laurent Conreur





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