Pyrénées: ici gît le berceau mondial des cépages océaniques


Posté le 19 mai, par La Rédaction in Gastronomie Arts de vivre, Sciences et Education. Pas de Commentaires

tannat

Le cépage Tannat, un des 150 cépages que comptent ou ont compté le territoire pyrénéen. Unique au monde.

Le monde entier viticole, et même outre cette noble profession, lui envie. Les Pyrénées peuvent bomber le torse. Elles logent tout simplement le berceau mondial des cépages océaniques. Une reconnaissance fierté de tout un peuple de vignerons, résultat du travail d’un ampéologue de réputation planétaire dans les années 60, Louis Levadoux. Jusqu’au milieu du XXe siècle, les ampélographes avaient coutume pour dresser la carte d’identité d’un cépage de signifier les caractères morphologiques, biologiques et sensoriels qui le séparaient d’un cépage voisin. Avec cette définition phénotypique, cela conduisait trop à l’isolement. Louis Levadoux s’est concentré, lui, pour mettre en commun les caractères pouvant rallier différents cépages. Toutes ces typicités, avant le passage nocif du phyloxéra, étaient le résultat d’un croisement naturel. La disparition ou l’abandon des vignes sauvages, les lambrusques, a stoppé de facto ce metissage, et depuis, seule une intervention de l’humain pouvait restaurer un croisement. Les travaux de Louis Levadoux ont été les leviers de l’intervention de Guy Lavignac, autre ampéologue couronné de lauriers. Dans les années 90, ce dernier décelait des lambrusques dans le Piémont pyrénéen français, le bassin Adour et dans l’Ariège. Il établissait alors un classement par types: les carmenets qui ont traversé les Pyrénées pour trouver un hôtel naturel dans le Sud-ouest; les cotoïdes originaires du Quercy; les foloïdes nés particulièrement en Gascogne. « On s’est aperçu, il y a 10 ans que nos cépages les plus ancestraux ressemblaient à ces lambrusques. On en a déduit que ni les Phéniciens, ni les Romains, n’avaient amené les cépages dans notre région, mais que leur territoire d’origine était bien la nôtre » se plaisait à rappeler Guy Lavignac.

RESERVOIR DE LA BIODIVERSITE
L’histoire des Chemins de Saint-Jacques de Compostelle apporte aussi des éclairages sur cette belle histoire des cépages. Grâce à des mutations génétiques et des semis de pèlerins, la famille des cépages a fait des enfants. C’est ainsi que Guy Lavignac a tout simplement recensé, photographié et identifié 150 cépages différents dans la région Midi-Pyrénées. Alors que la mondialisation n’en met que quatre ou cinq en lumière. « Malheureusement, des cépages ont aujourd’hui disparu, par contre, et c’est bien, d’autres sont conservés dans des conservatoires, comme celui de Saint-Mont. Ce qui faut bien dire, c’est que quand on évoque le tannat pour les vins d’Uruguay, ce cépage est de chez nous. C’est pareil pour la carmenet au Chili, le malbec en Argentine, idem pour la colombard ou le cabernet que l’on retrouve en Californie » . Une telle richesse de cépages permet-elle d’améliorer la qualité des vins du Sud-ouest? Guy Lavignac apporte sa réponse: « Oui car le Sud-ouest est un véritable réservoir de la biodiversité. D’ailleurs, les appellations ont été créées avec des cépages traditionnels de qualité. Mais on ne peut pas mélanger n’importe quoi. Il ya des cépages qui ne sont réservés qu’à la grande consommation. C’était déjà le cas avant, il y avait des vins des Bordes, qui étaient des vins moyens destinés à la consommation familiale. Et il y avait les vins de Manses, d’où le nom de manseng, de qualité, qui étaient surtout réservés à l’exportation. » Aujourd’hui, l’ampélographie basée sur l’adn sur a pris le pas: « Moi je faisais de l’ampélographie avec les yeux, mais je suis le premier à encourager les chercheurs. S’il faut penser futur, il faut aussi conserver les atouts de l’ampélographie du passé. »

Laurent Conreur





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